L’impasse

Le cœur a ses raisons que le corps ignore
Et l’âme a ses raisons que le cœur oublie,
Mais chaque battement a son histoire
Sa chamade, son désespoir.

Ciel, Terre se contemplent jour et nuit sans s’effleurer,
À ne jamais se tourner le dos, j’imagine qu’ils doivent s’aimer.
La pluie nourrit le sol, le sol donne la vie,
Ainsi l’amour s’éparpille.

De temps à autre la sécheresse s’abat,
Tout s’évapore, tout s’en va.
Des failles se creusent,
Profondes crevasses qui n’épargnent rien.
Un labyrinthe se trace,
Germent des chemins sans fin.
L’impasse.

Des états d’âmes se déversent,
Engloutissent l’allégresse.
Emotions vaporeuses, sang froid, mains moites,
Tempête ténébreuse emporte ce qui miroite.

Au loin, pas d’horizon, tout se confond,
Tout se mêle mais tout se déteste.
Au loin, je vois mon esprit affamé,
Mon reflet déformé,
L’enfer est dans le regard de l’autre,
Parfois cet autre c’est soi-même.

En fin de compte,
Peut-être que s’aimer n’est qu’une question de point de vue
Que se regarder ne se fait pas avec les yeux.

Coincer dans la confusion,
L’amour, la haine, deux routes que l’on confond.
Deux émotions qui nous habitent, qui à l’extrême,
Rendent le cœur schizophrène.

Toutes deux mènent droit à l’addiction,
À l’attirance puis à la répulsion.

Crises, manques, overdoses.
Le chagrin n’est plus qu’une aire de repos,
Dans laquelle à l’abri de la peste, on se soigne l’âme.

A. Taha Souha

Née vide

Les premières heures s’écoulent.
Des larmes, des rires, puis les deux en même temps se manifestent.
Une balançoire d’émotions se plante et, comme un épais rideau noir, ne laisse pas toujours passer la lumière.
Les jours passent, des rencontres se bousculent, pour finir alignées le long d’un mur.
Les années défilent et les amitiés s’étirent. Des tas de chaises poussent autour d’une table de conversations longues et souvent inutiles.
Des disputes éclatent, certaines en silences, d’autres en cassant des assiettes.
Près de la fenêtre, un poisson rouge fait des vas et viens dans les larmes d’anciennes tragédies, aujourd’hui camouflées de rires jaunes et de fond de teint.
Des amours à sens unique restent sur le pas de la porte pendant que les commères restent clouées au plancher à remplir des carnets de bobards.
Ici, dans le coin gauche, se trouvent des tiroirs poussiéreux truffés de souvenirs aigris, de visages frippés et de détails oubliés.
Des tapis vautrés les uns sur les autres se font massés à chaque pas.
Des murs ornés d’étagères supportant courageusement des tas de bouquins encore jamais ouverts.
Des tableaux insignifiants encombrent les murs, même le toit est parsemé d’étoiles fluorescentes.
On y trouve aussi, de nouvelles connaissances assises poliment autour d’un thé, se jetant des compliments sordides en pleine face.
Quelques scènes de ménages passées alourdissent encore un peu l’atmosphère, mais des tas d’échos de fous rires viennent estomper la maladresse de la colère.
Ce qu’il y a en dessous du lit ? Mon dieu ! Des tas de caisses pleines de vieilles bricoles, de passions abandonnées, de rêves inachevés et de secrets étouffés.
La garde robe quant à elle, est un vrai magasin de seconde main à elle toute seule, des tonnes de textiles qui s’entrelacent dans tous les sens, des tissages entre les jupes et les pantalons s’opèrent en compagnie d’un silence plus que coquin.
Tout se passe plutôt bien, chacun à son poste, accomplit sa tâche, sans avance ni retard. L’équilibre est maintenu.

Un beau jour, une âme errante passe à travers les murs, ne prend ni la peine de toquer à la porte ou même de dire bonjour.
Elle installe aisément ces pieds sur les tables de discussions, laisse des empruntes sur chaque meuble touché. Décale deux, trois cadres, imprègne l’air de son odeur, tout cela avec un sourire d’ange et une sérénité parfaite.
Cette brusque mutation pourrait être comparable à une irruption volcanique.
Certaines amitiés déconcertées par les petits changements prennent la porte, d’autres rétrécissent dans le décor.
Les premiers jours, des fleurs poussent à même le bois sec du plancher, des papillons se perdent dans l’air, des sourires béats s’affichent sur tous les miroirs, des notes musicales se dandinent sur les rideaux. Les murs ont virés au rose sans que personne ne le remarque.

Vous-avez déjà connu ça n’est-ce-pas?

A. Taha Souha

Introspection

Il arrive que le chagrin coupe l’appétit à la parole,
Que l’éloquence aigrie, se noie dans le mutisme,
Que le silence parle pour que les mots se taisent.
Il arrive qu’un regard raconte une vie,
Que des yeux abandonnent leur prunelle,
Qu’un clin d’œil séduit un cœur,
Qu’un coquard se cache derrière un trait de pinceau.
Il arrive que des mains se baladent,
Que des doigts se tordent et,
Que des ongles se rongent.
Il arrive que des sourires pleurent dans le noir,
Que des lèvres se mordent,
Que des bouches se closent.
Il arrive que la peur, déforment des visages,
Que la crainte retienne, quand les sorties de secours sont grandes ouvertes.
Il arrive que les fusibles sautent et,
Que la tempête éteigne les  bougies
Que les murs s’effondrent et
Que les briques se tassent,
Il arrive, de se débattre, puis de se laisser aller,
De brailler puis de s’écraser.
Il arrive d’être perdu, de chercher sa route sans ne jamais la trouver,
De faire du stop pour se reposer,
De faire confiance pour se retrouver.
Il arrive d’errer,
D’espérer,
Puis de perdre espoir et de couler.
Il arrive d’aimer la haine au point d’écorcher des sentiments,
D’avoir trop de passion ou de ne plus en avoir du tout.
Il arrive que l’imagination rende fou,
Que la folie apaise les têtes qui se perdent.
Il arrive, de ne jamais rien achever,
De mettre un point au milieu d’une phrase,
De mâcher des mots pour ne pas les dire,
De déchirer des lettres pour ne pas les relire.
Il arrive d’être aveugle en pleine lumière,
De regarder sans voir.
Il arrive que le soleil brille en pleine nuit,
Que les étoiles se lient autour d’un cou,
Que des bisous se posent au clair de lune.
Il arrive de vouloir s’arrêter, d’être fatiguer de patrouiller dans son esprit,
D’éteindre les lampes torches et de fermer son stylo.

A. Taha Souha

Le Zapping

Une acanthe sur la langue, L’attente assure, l’attentat de se pendre.
Le palais pleins d’épines, L’apparence se plie et la parole supplie.
L’acrylique sur les doigts, La critique des tics de medias le public d’Obama.
La crise économique, l’emprise de l’éthique les groupes ethniques et les groupies pathétiques.
Une brindille dans les yeux, La pupille du nerveux et la papille du gueux.
Le miséreux dans la glaise, L’obèse balaise le cul dans deux chaises.
Des orties plein les mains, Le désordre de dynasties à empires romain.
La rose morose, le mot qui dose, La cause de la chose, c’est dans la mort qu’est la pause.
La feuille qui tombe, le deuil face au tombeau, La bombe qui tombe, et l’atomique qui trompe.
Le pétale se sent mal, la fleur fane, La peur des femmes, et la frayeur du mâle.
Une corolle qui décolore, le marteau de Thor, la colère du tonnerre et la parole d’une mère.
Le cri du martyre, le rire du marquis, le bruit d’une tirelire, la folie du fakir
Une graine d’ébène, la reine d’un harem, l’aubaine dans l’arène, le miel de l’Eden
La pomme d’Adam, le dogme de Satan, le sang de la madone et la propagande de Danone.
Le pépin chez le fou, le baratin du gourou, le radin et ses sous et les soucis du jaloux.
Le parfum de Jasmine, le chagrin pour un défunt, Pétain à Verdun, et le singe d’Aladin.
Le brouillard sur la route, la roue du désespoir, le brouillage de l’espoir et l’effroi du trouillard
Les Daltons en Irak, les belles paroles de Chirac, le Karchers des quartiers et l’accent du picard.
Sœur Emmanuelle et son manuel du cœur, ses 22ans au Caire dans une suite pas trop chère.
Guerre d’esprits face au débris de chair, char qui détruit et fruit qui pourrit.
Saddam pendu, le peuple dans les rues, heures suspendues et pour un bonhomme pendu
Une lettre du facteur pour une fracture du cœur, facture de frayeur, cratère de stupeur.
Médecin sans frontières au front de la colère, saint d’esprit coincé au fond d’un cancer.
Chance insensée, pansement sensible pour des pensées sans cible contre une âme insensible.
Le 11 novembre suivit du 11 septembre, la fin suivit d’un début, le but de Bush et le bout de la bûche.
Père fouettard et le fouet des blancs, acheteurs de noirs et maîtres d’esclaves.
Le contrat féodal, un con en sandale, un patron en scandale et un poltron au bal.
Une maison de retraite, le retrait des troupes, la trompe de l’éléphant et le portrait d’un enfant.
Un père sans gosses, des gosses sans repères, des coups d’cross sur le crâne et des bosses sous les dalles.
Freud et son inconscient, Proust et sa madeleine, Lacan, son côté sectaire, et cet homme analphabète.
L’heure qui passe, le stresse qui fait surface, le pass-pass d’un breakeur et le cass d’un braqueur.
Le nez de Pinocchio, la bimbo et ses lolos, le gros dans sa Twingo, ce ticket de Lotto qui dégomme le gros lot.
Le désert et ses pierres, l’abbé Pierre et ses prières, le nerf du mercenaire et nos rêves sur une civière.

A. Taha Souha